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Tomal Samad
Article de blof de Manuel Gysler du 07.04.2022

La guerre en Ukraine nuit-elle au soutien apporté face à d’autres crises ?

La guerre en Ukraine nuit-elle au soutien apporté face à d’autres crises ?

La coopération internationale joue un rôle clé pour répondre à l’augmentation des besoins humanitaires dans le monde et atteindre les objectifs de développement durable (ODD) de l’Agenda 2030. La guerre en Ukraine a engendré de nouveaux besoins humanitaires, qui nécessitent un accroissement considérable de l’aide apportée. Outre les efforts accomplis pour héberger les réfugié·e·s, des ressources financières, nécessaires de toute urgence, ont été mobilisées, en Suisse et dans d’autres pays, afin d’apporter une aide humanitaire aux familles démunies. Il est donc d’autant plus important, aujourd’hui, de ne pas réduire le budget accordé à la coopération internationale. 

Une assistance humanitaire est nécessaire de toute urgence en Ukraine. La solidarité de la Suisse et des autres pays envers les Ukrainien·ne·s restés au pays et les réfugié·e·s est remarquable. La Chaîne du Bonheur a déjà collecté CHF 100 millions et la Confédération a décidé d’apporter une aide humanitaire de CHF 80 millions en Ukraine et dans la région. 
 
Toutefois, les autres crises n’ont pas cessé pour autant.La semaine dernière, lors de l’International Cooperation Forum organisé par la Direction du développement et de la coopération (DDC), le président de la Confédération, Ignazio Cassis l’a souligné : « Nous ne devons pas oublier les autres crises. » Pour le public, ce n’est pas si simple. Depuis plus d’un mois, la couverture médiatique se concentre essentiellement sur le triste sort de la population ukrainienne. En conséquence, leur public a largement perdu de vue les multiples crises qui sévissent partout dans le monde. Cette situation devrait pousser le Conseil fédéral et le Parlement à maintenir à tout prix le soutien apporté pour faire face à ces crises et réduire la pauvreté dans le monde.
Portrait Manuel Gysler
Manuel Gysler

Manuel Gysler travaille à l’EPER en tant que conseiller pour les questions d’aide humanitaire, de migration et de sensibilité aux conflits.

Or, le Conseil fédéral a adopté, il y a quelques jours, le message relatif à la réduction de l’endettement lié au coronavirus. Les délibérations parlementaires au sein de la Commission des finances du Conseil national ont débuté le 28 mars.

Si les forces politiques de droite, qui réclament depuis des années la fin de la coopération internationale, obtiennent gain de cause, cela ne sera pas sans conséquences sur l’engagement public de la Suisse en la matière.

À mon avis, il existe deux dangers potentiels. 
D’une part, les politicien·ne·s de droite pourraient réclamer des économies pour compenser les dépenses considérables engendrées par la pandémie. Les ressources supplémentaires destinées à l’aide humanitaire dans le contexte de la guerre en Ukraine et la volonté d’investir davantage dans la défense nationale justifieraient alors une réduction des dépenses de coopération internationale. 
D’autre part, si le budget destiné à la coopération internationale resté inchangé, il pourrait y avoir des déplacements de dépenses. J’entends par là que les fonds utilisés récemment pour répondre à l’urgence humanitaire en Ukraine pourraient entraîner une réduction des fonds alloués à l’aide apportée face à d’autres crises ou dans le cadre de projets de coopération au développement. 

Ces deux possibilités sont inacceptables et ne doivent pas se produire. Pourquoi ? Parce que nous savons depuis des années que pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2030, comme la Suisse s’est engagée à le faire, il est indispensable de mettre à disposition les ressources nécessaires. Par ailleurs, les besoins humanitaires ont considérablement augmenté au cours des dernières années. Le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) de l’ONU a constaté une hausse de 250 % du nombre de personnes démunies depuis 2015. Ainsi, avant l’aggravation de la situation en Ukraine, l’OCHA estimait qu’en 2022, 274 millions de personnes dans le monde auraient besoin d’une assistance et d’une protection humanitaire. Cela nécessiterait USD 41 milliards.

Ces engagements et ces besoins ont une dimension humaine très concrète. Il s’agit de venir en aide aux nombreuses personnes à travers le monde qui ont dû fuir leur pays ou ont perdu leurs moyens de subsistance à cause de conflits, d’épidémies ou de catastrophes naturelles.

Ces personnes n’ont pas accès à l’éducation, aux soins de santé, à des terres cultivables, au marché du travail, à des services de base ou aux droits fondamentaux. Des sources de financements, courantes ou nouvelles, sont donc nécessaires. Tant pour fournir une assistance humanitaire que pour combattre efficacement les causes profondes des inégalités, de la pauvreté, des conflits et de l’injustice. Si nous réduisons les fonds alloués à la coopération internationale, nous rompons l’engagement de la Suisse et de la communauté internationale. Nous fermons donc les yeux devant les injustices mondiales.

Quels arguments opposer à la volonté de réduire les dépenses liées à la coopération internationale ? D’abord, la Suisse a l’obligation morale de s’engager en faveur du développement durable et de l’aide humanitaire. Ensuite, il faut combattre cette pratique courante qui consiste à inclure les coûts de l’accueil de réfugié·e·s en Suisse dans la coopération internationale. Cela vaut également pour l’accueil des personnes réfugiées d’Ukraine bénéficiant d’un statut de protection S.

Comptabiliser les frais d’asile dans les fonds consacrés à la coopération au développement ne résoudra pas le problème de l’augmentation des inégalités et de l’injustice dans le monde.

Afin de traiter ce problème à la racine, la coopération internationale, comme la pratiquent l’EPER et d’autres actrices et acteurs, est indispensable. La Suisse devrait également se rappeler qu’elle a reconnu la nécessité d’accorder davantage de moyens à la coopération internationale. Elle s’est maintes fois engagée, sur la scène internationale, à y consacrer 0,7 % de son revenu national brut. En 2011, le Parlement a chargé le Conseil fédéral de relever ce taux, assez bas, à 0,5 % au moins. Cet objectif n’est toujours pas atteint. Il est reproché à la Suisse de ne pas agir suffisamment pour atteindre les objectifs de développement adoptés par la communauté internationale et fournir l’aide humanitaire requise. 
Le niveau d’endettement de la Suisse en comparaison européenne et, si des économies sont malgré tout nécessaires, elles ne doivent pas concerner la coopération internationale.

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