Communiqué de presse du 13 décembre 2022

Assouplissement du regroupement familial grâce à un recours de l’EPER

En Suisse, les personnes admises à titre provisoire ne pouvaient jusqu’ici faire venir leur famille qu’après un délai d’attente de trois ans minimum. Grâce à un recours déposé par une juriste du Service d’Aide Juridique aux Exil·é·s (SAJE) de Lausanne, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a revu sa jurisprudence en la matière : désormais, le droit à la vie familiale pourra, dans des cas spécifiques, être pris en compte avant la fin du délai de carence de trois ans.

En 2016, après un voyage traumatisant, une mère érythréenne est arrivée en Suisse avec son fils de cinq ans et a demandé l’asile dans le pays. Dans l’espoir de voir un jour sa famille réunie, elle a gardé contact avec son mari, le père de son enfant, qui avait lui aussi fui l’Érythrée. Malgré de graves problèmes de santé, elle a réussi à apprendre le français et à trouver un emploi. Étant donné la santé également fragile de son fils, elle a souhaité pouvoir enfin compter sur le soutien de son mari. Toutefois, sa demande de regroupement familial a été rejetée par le Secrétariat d’État aux migrations (SEM), au motif que le délai de carence de trois ans applicable aux personnes admises à titre provisoire n’était pas encore échu. 

Se fondant sur la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (affaire M.A. contre Danemark), le SAJE de Lausanne a déposé un recours contre cette décision et a obtenu gain de cause : à la fin de la semaine dernière, le TAF a publié un communiqué de presse dans lequel il souligne que le droit de mener une vie familiale doit être examiné au cas par cas et que les limitations doivent être proportionnées. L’intérêt supérieur de l’enfant doit primer.  

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Un pas important dans la bonne direction  

« Nous nous réjouissons que les conditions de vie des familles séparées soient désormais davantage prises en considération », affirme la responsable du SAJE, Chloé Ofodu. Selon elle, le regroupement des familles jouerait un rôle essentiel dans le renforcement, l’encouragement et l’intégration des personnes réfugiées. Lorsqu’un retour dans le pays d’origine ou un regroupement dans un pays tiers ne sont envisageables, le regroupement familial en Suisse devrait être rendu possible au plus vite. Pour ces raison, l’EPER s’engage depuis des années, à travers ses activités juridiques et politiques, pour une amélioration du statut F (admission provisoire) et le respect du droit à la vie familiale.  

Le TAF estime qu’un délai d’attente de deux ans est acceptable. Chloé Ofodu affirme, au contraire, que deux ans peuvent être très longs, surtout pour un jeune enfant. D’autant plus qu’il faut ajouter à ces deux ans la durée de séparation pendant le trajet jusqu’en Suisse et celle de la procédure d’asile. « Si l’entrée en Suisse est approuvée par le SEM, il se passe en général plusieurs mois avant que l’ensemble des documents soient prêts et que les retrouvailles aient enfin lieu, souligne la responsable du SAJE. Ce temps perdu dans la vie d’un enfant ne se rattrapera jamais. » 

Le SEM doit désormais réexaminer le cas de la famille érythréenne. Des mois peuvent s’écouler avant que le garçon, désormais âgé de 11 ans, et son père ne soient réunis. Néanmoins, avec cette décision, le TAF souligne clairement que la pratique, mais aussi la loi, doivent être adaptées pour l’ensemble des personnes admises à titre provisoire. 

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Conseils juridiques
Les personnes requérantes d’asile, réfugiées ou victimes de discriminations ne disposent souvent que d’un accès limité à des services de conseil juridique. Les bureaux de consultation juridique de l’EPER aident ces personnes à faire valoir leurs droits.

Informations et aide pour les requérant·e·s d’asile 
Le SAJE est l’un des cinq bureaux juridiques de l’EPER en Suisse. Il vise à informer, orienter et défendre les personnes requérantes d’asile, admises provisoirement et déboutées dans le canton de Vaud. Le SAJE fait aussi du plaidoyer en se fondant sur son expérience de terrain. L’EPER possède également des bureaux de consultation juridique dans les cantons de Zurich, Bâle, Saint-Gall, Soleure et Argovie. 

www.eper.ch/saje

Communiqué de presse du TAF du 7.12.2022